DINER AU BOUILLON CHARTIER ET SOIREE AU THEATRE DU NORD OUEST

La soirée a commencé par un dîner au Bouillon Chartier, rue du Faubourg Montmartre : un lieu mythique et toujours animé, avec son décor Belle Époque, ses tables serrées et son atmosphère bruyante et conviviale. Les serveurs, en gilets noirs et tabliers blancs, virevoltent entre les tables avec un ton vif et direct, un peu bourru et gouailleur, et notent les commandes ainsi que l’addition finale directement sur les nappes en papier, une tradition emblématique du lieu depuis 1896. On y croise un mélange typique : touristes, familles, travailleurs, et surtout des habitués du quartier qui viennent régulièrement depuis des décennies – parfois 50 ans ou plus, fidèles à cette cantine parisienne intemporelle où ils retrouvent le même esprit populaire et les mêmes plats réconfortants. Les prix du Bouillon Chartier restent très faibles par rapport à la plupart des autres restaurants parisiens – sans doute grâce à sa tradition historique de bouillons populaires.

Au menu, une tête de veau sauce gribiche (la sauce mayo-vinaigrette aux herbes, câpres, cornichons et œuf dur, acidulée et régressive) et un œuf mayonnaise aux crevettes (classique frais et généreux). Le tout accompagné d’un petit vin convivial.

Juste après, direction le Théâtre du Nord-Ouest (au 13 de la même rue) pour Une maison de poupée d’Henrik Ibsen (1828-1906), le dramaturge norvégien considéré comme le père du théâtre moderne réaliste. Sa pièce de 1879, inspirée en partie d’un fait divers – (l’histoire de Laura Kieler, qui emprunta secrètement de l’argent pour son mari et en subit les conséquences) -, provoqua un scandale à sa création : le final où Nora claque la porte pour quitter mari et enfants dénonçait l’hypocrisie bourgeoise, la double morale et la condition des femmes dans une société patriarcale. Ibsen explore l’émancipation individuelle, les conventions étouffantes et la quête d’identité – un texte fondateur sur l’autonomie féminine, inscrit au Registre Mémoire du monde de l’UNESCO.

La production, mise en scène par Ari H (qui assure aussi les lumières), est fidèle au texte original, sobre et centrée sur l’intensité psychologique, sans artifices inutiles ni modernisations excessives. Le décor (signé Rui Ferreira, qui joue également) recrée un intérieur bourgeois étouffant et réaliste : un salon d’époque minimaliste mais évocateur, avec des meubles victoriens, un sapin de Noël discret pour le cadre festif initial, et un espace qui suggère l’enfermement – peu de mouvements inutiles, beaucoup de vide symbolique autour des personnages pour accentuer le sentiment de prison dorée. Les lumières jouent un rôle clé dans la progression dramatique : chaudes et dorées au début pour coller à l’illusion du bonheur conjugal et familial parfait (ambiance Noël sucrée), puis elles se durcissent progressivement – ombres plus longues, contrastes accentués, teintes plus froides – au fur et à mesure que les révélations et les tensions éclatent, renforçant la descente vers la vérité et la rupture. Les costumes de Frédéric Morel sont impeccables et fidèles à l’époque : robes victoriennes élégantes mais contraignantes pour Nora -soulignant son rôle de « poupée » décorative-, habits stricts et sombres pour Helmer et les autres hommes, tout cela renforçant les hiérarchies sociales et le carcan des conventions.

La distribution réunit des acteurs talentueux et investis : Franck Delage, Rui Ferreira, Camille Leroy, Valentin Terrer et Esther Segal. Le jeu est précis, nuancé, avec des silences pesants et une tension qui monte graduellement, laissant beaucoup d’espace à la psychologie des personnages – la ruse et la colère contenue de Nora, l’hypocrisie bourgeoise d’Helmer. La pièce dure environ 1h40 sans entracte ce qui permet une immersion continue et intense dans le huis clos, sans pause pour diluer la montée dramatique.

Derrière cette production, le directeur du théâtre, Jean-Luc Jeener, apporte son engagement habituel : passionné de classiques, il défend depuis longtemps un théâtre d’art et d’essai dans ce lieu associatif, avec une programmation dense et sincère.

Une soirée harmonieuse : un repas traditionnel et gourmand pour commencer avec ces serveurs truculents qui ajoutent au folklore du Bouillon, puis une pièce forte et bien montée pour finir, le tout à deux pas l’un de l’autre dans le 9e arrondissement.

REPORTAGE EXCLUSIF REVUE DE PRESSE ET D OPINIONS NICOLE FIORAMONTI ET EMILIO PAGURA JOURNALISTE ADMINISTRATEUR DE LA RPO -le 19 janvier 202

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