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Houchang Nahavandi était un universitaire, économiste, homme politique et écrivain iranien de premier plan sous la monarchie Pahlavi. Né le 2 décembre 1932 à Rasht (nord de l’Iran), issu d’une famille de la région de Gilan sans détails publics notables sur ses parents ou frères et sœurs, il est décédé le 19 octobre 2025 à Bruxelles (Belgique), à l’âge de 92 ans, après plus de 45 ans d’exil.
Sa formation en économie à l’Université de Paris dans les années 1950 l’a marqué profondément, forgeant une vision libérale et pro-occidentale qui a influencé toute sa carrière.
De retour en Iran, il s’est rapidement imposé comme un intellectuel et technocrate, enseignant dans des universités et s’engageant dans la modernisation impulsée par le Shah Mohammad Reza Pahlavi et la « Révolution blanche » (réformes agraires, industrialisation, éducation et émancipation des femmes).
Nahavandi a été un pilier de la modernisation éducative et urbaine de l’Iran dans les années 1960-1970 :
• Ministre du Développement et du Logement (1964-1968/1969) : il a piloté la planification urbaine, la construction de logements sociaux pour absorber l’exode rural, et le développement d’infrastructures essentielles (routes, réseaux d’eau et d’électricité). Ce rôle clé dans la Révolution blanche a contribué à l’urbanisation rapide des villes comme Téhéran, améliorant les standards de vie mais accentuant aussi les inégalités sociales.

• Président (recteur) de l’Université Pahlavi (aujourd’hui Université de Shiraz) : 1968-1971. Fondée sous l’égide de Farah Pahlavi comme un modèle américain (partenariats avec l’Université de Pennsylvanie et Kent State), il a renforcé les échanges internationaux, développé les infrastructures et intégré l’Asian Institute pour les études iraniennes.
• Président (recteur) de l’Université de Téhéran : 15 juillet 1971 – 27 octobre 1976. À la tête de l’institution la plus prestigieuse d’Iran, il a favorisé l’expansion des programmes, soutenu la bibliothèque centrale et promu des collaborations internationales. Il a aussi participé au « Groupe des penseurs » (Gorouh-e Barresi-ye Masael-e Iran), cercle d’experts créé par le Shah pour analyser les crises socio-économiques.
• Directeur du secrétariat / cabinet de la Shahbanou Farah Pahlavi : 1976-1978. Rôle de confiance absolue où il gérait les initiatives culturelles, éducatives et sociales de Farah (festivals des Arts de Shiraz, préservation du patrimoine, promotion des femmes et de l’éducation).
• Ministre de la Science et de l’Enseignement supérieur : 27 août – 5 novembre 1978 (gouvernement Sharif-Emami). Mandat bref (70 jours) en pleine Révolution islamique, où il tenta un dialogue avec les universités en ébullition, sans succès face à l’ampleur de la crise.
Arrêté brièvement en janvier 1979 sous le gouvernement Bakhtiar, Nahavandi s’est évadé et exilé en France, marquant la fin de sa carrière politique en Iran.
Une fois arrivé en France après la révolution islamique de 1979, Houchang Nahavandi s’installa en exil à Paris, où il poursuivit une carrière académique distinguée, enseignant notamment comme professeur, y compris à la Faculté libre de droit, d’économie et de gestion (FACO).
Fidèle à ses racines et solidaire de la communauté iranienne en exil, il partagea les difficultés financières et morales de nombreux partisans du régime impérial. Par exemple, il n’hésitait pas à saluer et à rendre visite à l’ancien maire de Téhéran, Gholamreza Nikpay, qui tenait une modeste épicerie rue des Entrepreneurs, dans le 15ᵉ arrondissement.
Loyal envers ses amis, Nahavandi appréciait également les efforts initiaux de la princesse Ashraf Pahlavi, sœur jumelle du Shah, qui avait aidé les Iraniens en difficulté au début de leur exil, mais il regrettait qu’elle ait ensuite cessé son soutien.
Il déplorait que certains membres de la famille Pahlavi ou de leurs amis profitent de l’aide sociale ou de l’aide d’amis sans travailler, se posant en victimes permanentes, alors que, pour lui, chacun devait s’assumer pleinement ; il ironisait souvent à leur sujet en affirmant qu’ils n’auraient aucun problème s’ils prenaient une serpillière pour nettoyer les sols.
Farouchement opposé au fanatisme religieux,
Nahavandi croyait en un avenir laïque pour l’Iran et se prêtait volontiers à témoigner du règne de Mohammad Reza Pahlavi, regrettant les difficultés et les hésitations de certains éditeurs occidentaux à publier ses ouvrages. Il avait l’impression que l’Occident se désintéressait profondément de l’Iran, ce qui représentait pour lui une souffrance infinie.
Ouvert d’esprit, il fréquentait tous les courants politiques et appréciait les opposants réfugiés en France, de l’amiral Ahmad Madani – qui avait servi sous le Shah avant de s’opposer à Khomeini – à d’autres figures de l’exil iranien qu’il rencontrait régulièrement dans les cercles parisiens, en particulier le colonel Hassan Aghilipour qui avait crée le cabinet de crise iranien en exil en 1988, réunissant des officiers militaires, des industriels, des membres du bazar (marchands traditionnels). Nahavandi soutenait son initiative qui visait à préparer un futur gouvernement démocratique, pluraliste, sans imposer une forme précise de régime (république ou monarchie constitutionnelle) en insistant sur la liberté, la paix et la démocratie.
Dès 1979, membre correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques (Institut de France) et lauréat de l’Académie française, il reçoit plusieurs doctorats honoris causa.
En exil, il devient un critique virulent de la République islamique, défendant la mémoire du Shah comme un « grand patriote trahi par l’Occident » et analysant les « erreurs internes » du régime pahlavi.
Il possédait une maison en Bretagne (résidence secondaire), où il aimait se promener : ces balades, le long de chemins côtiers ou de rivières, lui rappelaient l’atmosphère poétique d’Ispahan (jardins persans, rives du Zayandeh Rud, sérénité historique), évoquant une nostalgie profonde pour l’Iran perdu
.Marié à Mokarram Abrishami (d’origine iranienne, figure discrète qui l’a accompagné fidèlement de l’Iran à l’exil), Nahavandi eut deux filles, toutes deux professeures émérites et accomplies :
• Firouzeh Nahavandi : sociologue, professeure émérite à l’Université libre de Bruxelles (ULB), spécialiste du Moyen-Orient (Iran, Afghanistan), du genre, du développement et de la globalisation.
• Afsaneh Nahavandi : professeure émérite en Leadership Studies à l’Université de San Diego (États-Unis), auteure de manuels de référence sur le leadership interculturel et organisationnel.
Il avait plusieurs petites-filles (Roxane, Parisa, Ariane) et arrière-petites-filles (Ambre, Salomé, Clarisse, Sienna), perpétuant une lignée intellectuelle.
Auteur prolifique (près de 20 ouvrages, principalement en français, avec des traductions en anglais, persan et arabe), Nahavandi a écrit sur l’histoire iranienne, la monarchie Pahlavi, la Révolution de 1979 et l’islamisme. Ses livres mêlent témoignages personnels, analyses géopolitiques et critiques acerbes. Souvent co-écrits avec Yves Bomati pour des fresques historiques, ils défendent une vision monarchiste positive du Shah tout en pointant les « erreurs fatales » internes et les trahisons occidentales.
Principaux ouvrages :
• L’Iran 1940-1980 : crises, révolution et tragédie (1980, IREP, 142 pages). Essai sur les crises de la Seconde Guerre mondiale à la Révolution, analysant les influences extérieures et les faiblesses internes du régime.
• Iran : deux rêves brisés (1981, Albin Michel, 300 pages). Témoignage personnel sur les « deux rêves » de l’Iran moderne (modernisation pahlavie et aspirations révolutionnaires), brisés par 1979.
• Iran. Anatomie d’une Révolution (1983, Éditions Segep). Analyse des causes profondes de 1979, des acteurs (Shah, Khomeini) et des conséquences.
• Le Grand Mensonge. Le Dossier noir de l’intégrisme islamique (1985, Nouvelles éditions Debresse). Pamphlet dénonçant les « mensonges » de l’intégrisme islamique.
• Le Voile déchiré de l’islamisme (1995, Odilon Média, 213 pages). Critique acerbe de l’islamisme.
• Shah Abbas, empereur de Perse (1998, avec Yves Bomati, Perrin, 318 pages – couronné par l’Académie française en 1999). Biographie de Shah Abbas le Grand.
• Révolution iranienne, vérité et mensonges (1999, Éditions L’Âge d’Homme, 268 pages). Démêlage des « vérités et mensonges » de 1979.
• Carnets secrets, Chute et mort du Shah (2003, Éditions Osmondes, 319 pages – version française de The Last Shah of Iran). Témoignage basé sur des « carnets secrets ».Ouvrage traduit en peran et en anglais ?
• The Last Shah of Iran (2005, Aquilion, version anglaise, 540 pages). Biographie détaillée et favorable au Shah.
• Iran, le choc des ambitions (2006, Aquilion, 744 pages). Étude exhaustive des ambitions géopolitiques de l’Iran.
• Khomeyni en France : révélations sur cet étrange hôte de Neauphle-le-Château (2009, Godefroy de Bouillon). Révélations sur l’exil de Khomeini en France.
• Mohammad Réza Pahlavi, le dernier shah : 1919-1980 (2013, avec Yves Bomati, Perrin, 617 pages). Biographie complète du Shah.
• Les grandes figures de l’Iran (2015, avec Yves Bomati, Perrin). Portraits de figures historiques iraniennes.
• Iran, une histoire de 4 000 ans (2019, avec Yves Bomati, Perrin). Fresque sur 4 000 ans d’histoire iranienne.
Autres ouvrages incluent des versions persanes comme Sih Ruydad Va Sih Dawlatmard (perspective sur une décennie iranienne), La vie extraordinaire de Nader Shah d’Iran (1688-1747) et Devoir et Fidélité (essai sur la loyauté).
Nahavandi, initialement proche de Farah (collaborateur direct de 1976 à 1978), a développé des critiques tranchées en exil, les exprimant dans des interviews (années 1980) et livres (années 2000). Monarchiste « dur », il reprochait à Farah d’avoir laissé un entourage « gauchiste » (libéral-progressiste) influencer le régime, affaiblissant sa ligne anti-islamiste et anti-communiste. Ces accusations s’inscrivent dans un débat plus large parmi les exilés royalistes : l’entourage de Farah (festivals avant-gardistes, artistes contestataires) aurait aliéné les traditionalistes et facilité la Révolution.
Dans les entretiens oraux de l’Iranian Oral History Project à Harvard (1986) et dans ses livres (Carnets secrets, 2003 ; Mohammad Réza Pahlavi, 2013), il critique particulièrement Reza Ghotbi (cousin germain de Farah, directeur de la NIRT) pour une gestion permissive des médias, laissant passer des contenus trop libéraux sans riposte ferme face à la propagande khomeiniste.
Que pensait-il de l’avenir de l’Iran ? Il n’appréciait pas les Moudjahidine du peuple de Massoud Rajavi, qu’il considérait comme une continuation des forces déstabilisatrices qui avaient contribué à la chute du régime en 1979 (violence et idéologie hybride gauchiste-islamiste), et plus tard comme une opposante sans légitimité réelle à la République islamique, avec un culte de la personnalité et des méthodes autoritaires.
Houchang Nahavandi incarne l’élite pahlavi : réformateur loyal devenu critique en exil, son legs est dans ses analyses historiques et sa défense du Shah. Il vivait dans l’espérance de revoir son pays. Nahavandi respectait profondément le Shah Mohammad Reza, mais il n’avait que peu d’estime pour Reza, le jugeant insuffisamment à la hauteur du legs paternel et trop timoré pour incarner une véritable alternative au régime islamique. Cela accentuait sa nostalgie et son inquiétude pour l’avenir de l’Iran en exil.Reza a changé.
En le voyant agir aujourd’hui, Houchang Nahavandi retrouverait-il espoir ?
REVUE DE PRESSE ET D’OPINIONS REPORTAGE EXCLUSIF NICOLE FIORAMONTI
