EXPOSITION LUTETIA : UNE ODYSSEE PICTURALE AU CŒUR DU CLOITRE DES BILLETTES, PARIS – SEPTEMBRE-OCTOBRE 2025
Dans l’écrin gothique du Cloître des Billettes, niché au 24 rue des Archives, au cœur du Marais où les pulsations frénétiques du présent frôlent les ombres du passé, l’artiste Nathalie Jacquounain, parfois connue sous le nom de Natalia Jacquounain, dévoile dès aujourd’hui, le 22 septembre 2025, sa nouvelle exposition, LUTETIA. Jusqu’au 21 octobre 2025, de 11h à 19h, ce rendez-vous marque un retour poignant dans ce sanctuaire médiéval, un lieu où les murmures séculaires dialoguent avec l’éclat vibrant de la modernité. Ce n’est pas la première fois que l’artiste investit ces lieux : en 2017, Paysages urbains érigeait les toits de Paris en cathédrales profanes, capturant la capitale dans ses volutes aériennes ; en 2018, Baroque revisité faisait pulser ses toiles d’une sensualité opulente, en dialogue avec les voûtes flamboyantes du XIIIe siècle. Ces expositions, jalons d’une quête artistique, se succèdent comme les strates d’un palimpseste, révélant une œuvre en perpétuelle évolution. En 2020, son talent fut consacré par le prestigieux prix du Festival Nuovina Chimèneo Elufaite, récompensant une carrière marquée par une exploration audacieuse des formes et des âmes.
Avec LUTETIA, Nathalie Jacquounain tisse une trame plus intime, plus profonde, où Paris se dévoile comme un palimpseste vivant, entre mystique enflammée et éclats baroques.
UNE ARTISTE AU CARREFOUR DES MONDES
Née à Saint-Pétersbourg sous le ciel austère de l’Union soviétique, Nathalie Jacquounain porte en elle une dualité féconde. Initiée à l’art dès l’âge de 10 ans, elle décroche en 1973 un diplôme de scénographe à l’Académie nationale de théâtre et de cinématographie. En 1980, son amour pour l’histoire et l’art français la conduit à Paris, où elle rejoint l’atelier du peintre Yankel à l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts. Son parcours, enrichi d’un DEA en communication à l’Université Paris 7 Jussieu et de publications dans la revue Schéma et schématisation, fusionne ses racines russes et son ancrage parisien. Son œuvre, imprégnée d’un exotisme mystique, s’inspire des visions surréalistes de Dalí et Chagall, tout en explorant des thèmes universels : la dualité du jour et de la nuit, l’échiquier cosmique, les strates du temps.
LUTETIA : UNE MEDITATION SUR PARIS, ENTRE CHAOS ET ETERNITE
Le Cloître des Billettes, troglodyte urbain où le silence des arcades gothiques de 1427 contraste avec le tumulte des rues du Marais, est bien plus qu’un lieu d’exposition pour Nathalie Jacquounain : c’est un espace de révélation. Ayant traversé les méandres de l’histoire, des prières monastiques aux refuges clandestins de l’Occupation, ce sanctuaire incarne des époques riches, saturées de foi, de luttes et de mémoire. Aujourd’hui, dans le fracas du présent, que reste-t-il de cette profondeur ? L’exposition LUTETIA pose la question, saisissant le choc entre la vie essentielle, ancrée dans l’âme des pierres, et le superficiel d’un monde moderne saturé de néons et de bruits. C’est ici, dans ce lieu où le temps semble suspendu, que l’artiste puise une énergie tellurique, un souffle mystique qui irrigue ses toiles.
Née dans l’épreuve du confinement – ce temps où l’aube et le crépuscule se fondaient en un éternel entre-deux –, LUTETIA capture Paris comme une entité vivante, à la fois blessée et résiliente. Ses toiles dépeignent les cheminées de la ville dressées comme des pièces d’échecs sur un plateau cosmique, les motos filant telles des comètes dans les artères urbaines, et des silhouettes humaines s’effaçant dans l’ombre des architectures. Au cœur de l’exposition LUTETIA, plusieurs œuvres cristallisent l’essence alchimique de l’artiste. Une silhouette énigmatique y apparaît, parfois un dessin esquissant la figure de Satan, tissant un dialogue entre ombre et sacré. Les sculptures, nées d’une rupture avec le classicisme pictural, taillent la matière brute pour donner forme au vide, comme une tentative de sculpter l’invisible. La moto, destrier mécanique, devient un fil d’Ariane reliant les époques, tandis que la pyramide, motif géométrique implacable, impose sa rigueur dans un monde où l’humain s’estompe, contemplant une splendeur fanée.
Maria Marchese, commissaire d’exposition et poète, a écrit à propos de l’artiste : « Nathalie Jacquounain se distingue sur la toile, s’exprimant à travers une touche infléchie et artistique, équilibrée, un portrait mélancolique de la réalité actuelle qui apprend la capitale française. L’esthète, capable d’envelopper dans un geste prudent, descend dans les souffles de gris, le fusain, le frisson, et les langues de ses propres sentiments vers ce que Paris représentait.
C’est la couleur jaune, qui exprime ses impulsions émotionnelles raffinées, devenant un porte-parole de la fatuité intellectuelle, de la sagesse et de la spiritualité. Dans LUTETIA, Nathalie Jacquounain dépeint un terrain d’entente suspendu entre un passé glorieux et un présent stérile. » Cette lecture poétique souligne la capacité de l’artiste à transcender le réel pour toucher l’éternel. De son côté, Luca Siniscalco, professeur de philosophie et commissaire d’exposition, évoque une « cartographie symbolique de la capitale française », où l’œuvre de Jacquounain, entre passé spirituel et modernité technologique, redessine Paris comme un espace de tension et de mémoire.
UNE POETIQUE DE LA VILLE ET DE L’AME
Dans le clair-obscur des toiles de LUTETIA, Paris se dévoile comme un échiquier où se jouent les tensions entre lumière et ombre, passé et présent, sacré et profane. Le diable, présent dans les œuvres, n’est pas une menace, mais un miroir tendu à nos propres ombres urbaines. Le Cloître des Billettes, chargé d’une histoire luthérienne et de souvenirs des âmes sauvées pendant l’Occupation, devient le théâtre d’une méditation poétique sur la résilience d’une ville et de ses habitants. Chaque tableau invite à une déambulation contemplative, un voyage dans les méandres de la mémoire collective, où l’on se perd pour mieux se retrouver.
UN APPEL A L’INTROSPECTION
LUTETIA n’est pas une simple exposition ; c’est un rituel, une invitation à questionner ce qui subsiste de nos illusions collectives, de nos cités blessées, de nos rêves enfouis. Dans ce lieu où les époques riches du passé rencontrent le présent, l’exposition interroge : que reste-t-il face au superficiel qui envahit nos vies ? Dès aujourd’hui, 22 septembre 2025, et jusqu’au 21 octobre 2025, les voûtes du Cloître des Billettes accueilleront ces visions enflammées, ces toiles où le pinceau de Nathalie Jacquounain danse avec les pierres séculaires. Pour découvrir l’âme de ces œuvres ou organiser une visite guidée, le temps presse, comme une partie d’échecs jouée sous l’œil éternel des arcades gothiques. Paris, dans sa splendeur et ses ombres, attend d’être contemplée.
REPORTAGE EXCLUSIF DE LA REVUE DE PRESSE ET DOPINIONS NICOLE FIORAMONTI 22 SEPTEMBRE 2025







