Les concerts des 10 et 11 janvier 2026 à la Philharmonie de Paris, dans la Grande salle Pierre Boulez, ont constitué un événement lyrique d’une rare élégance, entièrement consacré aux héroïnes de l’opéra français. Sous la direction précise et passionnée de Xu Zhong, l’Orchestre de Paris a été rejoint par ses chœurs titulaires ainsi que par le Chœur de jeunes, formant un ensemble vocal d’une cohésion et d’une puissance remarquables.
Le programme, élaboré en partenariat avec l’Opéra de Shanghai en prévision d’une tournée à venir, proposait une véritable déambulation subjective à travers les figures féminines les plus emblématiques du grand opéra romantique français : Carmen la rebelle et sensuelle, Juliette la passionnée, Dalila la séductrice fatale, sans oublier les héroïnes tragiques des Pêcheurs de perles ou les passions infernales de Faust.
Sur les compositeurs et les œuvres choisies
Georges Bizet (1838-1875), génie précoce et souvent incompris de son vivant, incarne l’essence de l’opéra français populaire et théâtral. Son chef-d’œuvre Carmen (1875), avec son héroïne libre, provocante et tragique, révolutionne le genre par son réalisme, ses couleurs exotiques et ses mélodies inoubliables (Habanera, Séguedille, Duo final). Les Pêcheurs de perles (1863) offrent une veine plus lyrique et orientale, avec des airs d’une beauté mélancolique. Bizet excelle dans la peinture des passions humaines intenses et contradictoires.
Charles Gounod (1818-1893), maître du lyrisme romantique et religieux, excelle dans l’expression des sentiments tendres et exaltés. Roméo et Juliette (1867), inspiré de Shakespeare, est un opéra d’amour pur et tragique, avec des duos d’une douceur enivrante (« Ah ! Lève-toi, soleil ! », le duo du balcon) et une orchestration raffinée qui magnifie la passion juvénile et fatale des amants
.Hector Berlioz (1803-1869), figure romantique par excellence, révolutionne l’orchestre et la forme symphonique avec une imagination débridée et une expressivité dramatique extrême. Sa symphonie dramatique Roméo et Juliette (1839) et La Damnation de Faust (1846) — oratorio-opéra hybride — explorent les tourments de l’âme, les passions destructrices et les visions infernales, avec des chœurs grandioses, des effets orchestraux novateurs et une dimension théâtrale saisissante.
Camille Saint-Saëns (1835-1921), compositeur prolifique et virtuose, représente l’élégance et la clarté du style français du XIXe siècle, mêlant raffinement classique, exotisme et expressivité romantique. Son opéra Samson et Dalila (1877), seul grand succès lyrique de sa carrière, met en scène la séductrice biblique Dalila dans une partition riche en couleurs orchestrales, en mélodies sensuelles et en drame biblique intense. L’air célèbre « Mon cœur s’ouvre à ta voix » incarne parfaitement la sensualité envoûtante et la manipulation subtile de l’héroïne, avec une orchestration somptueuse qui souligne les passions orientales et tragiques.
Les chœurs ont joué un rôle central et particulièrement inspirant dans cette soirée. Les Chœurs de l’Orchestre de Paris, réputés pour leur homogénéité et leur expressivité, ont apporté une profondeur dramatique essentielle aux pages collectives : les scènes populaires de Carmen, les chœurs célestes et infernaux de La Damnation de Faust, ou encore la fresque orchestrale et vocale de Roméo et Juliette de Berlioz. Leur intervention a conféré à ces extraits une ampleur théâtrale et une intensité émotionnelle saisissante, renforçant le caractère tragique et romantique des œuvres
.Le Chœur de jeunes de l’Orchestre de Paris, composé de voix fraîches et enthousiastes, a ajouté une dimension de vitalité et de pureté bienvenue, notamment dans les moments plus lumineux ou lyriques. Leur présence a symbolisé la transmission et la jeunesse de cet art lyrique, contribuant à une énergie renouvelée qui a résonné avec le public.
La distribution réunissait des artistes de premier plan, formant un quatuor vocal international d’une grande complémentarité :
• Julie Fuchs, soprano au timbre cristallin et à l’expressivité remarquable, a incarné avec une pureté émouvante les rôles de Juliette et d’autres figures romantiques, offrant une interprétation d’une finesse et d’une émotion rares.
• Stéphanie d’Oustrac, mezzo-soprano d’exception et référence absolue dans le répertoire français, a donné toute sa mesure à Carmen et Dalila, avec une intensité dramatique, une sensualité brûlante et une nuance théâtrale inoubliables.
• Mei Gui Zhang, soprano chinoise à la voix brillante, agile et aux aigus sécurisés, a apporté une fraîcheur et une projection lumineuse, soulignant parfaitement le caractère international de la soirée et le partenariat avec l’Opéra de Shanghai.
• Shenyang, baryton-basse chinois doté d’une voix profonde, riche et autoritaire, a conféré aux rôles graves une dimension imposante et nuancée, enrichissant le spectre vocal avec une autorité dramatique remarquable.
À la tête de cet ensemble, Xu Zhong, chef d’orchestre et pianiste franco-chinois de renom, a dirigé avec une précision remarquable et une passion communicative. Formé au Conservatoire de Paris, il incarne de manière unique la rencontre entre les traditions européennes et extrême-orientales, apportant à cette exploration des trésors de l’opéra français une vision à la fois raffinée, énergique et profondément théâtrale. Sa direction a uni solistes, orchestre et chœurs dans une cohésion exemplaire, conférant à la soirée une fluidité et une intensité dramatique saisissantes.
L’atmosphère de la salle, avec son acoustique exceptionnelle, a permis une communion rare entre les interprètes — solistes, orchestre et chœurs — et le public. Celui-ci, particulièrement jeune et attentif — étudiants, mélomanes avertis, nouveaux venus —, a répondu avec enthousiasme à cette proposition lyrique exigeante mais accessible. L’élégance décontractée de l’assistance et l’énergie palpable ont conféré à ces soirées une vitalité contemporaine, loin de toute rigidité.
Ce programme restera comme un hommage raffiné à la tradition de l’opéra français, où se conjuguent passion tragique, sensualité, grandeur orchestrale et force chorale. Une expérience qui rappelle pourquoi Paris demeure l’une des capitales mondiales de l’art vocal
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REPORTAGE EXLUSIF DE LA REVUE DE PRESSE ET D OPINIONS DU 11 JANVIER 2026 NICOLE FIORAMONTIccc

