UN IDEAL DE LIBERTE
« Au nom de la démocratie, le discours idéologique dominant promet aux individus « une liberté » sans limites, réduite dans les faits au consumérisme et à l’effacement des identités enracinées. Derrière cette façade, « une servitude douce »s’est progressivement mise en place. Cependant, ce joug devient de plus en plus rigide et étouffant à mesure que la réalité vient démentir les mirages de l’idéologie. Les libertés publiques concrètes et la souveraineté des peuples sont méthodiquement étouffées. A mesure que l’on proclame l’émancipation morale de l’individu, se déploie un contrôle social de plus en plus strict : censure arbitraire, surveillance généralisée, formatage idéologique, multiplication des réglementations et des normes. La liberté devient un mot creux, invoqué pour justifier les restrictions imposées à la liberté de pensée et d’expression, voire la répression de toute contestation. Les logiques de déconstruction et de subversion, inscrites dans une surenchère révolutionnaire permanente, imposent une véritable anarcho tyrannie fondée sur l’inversion des valeurs et le démantèlement des institutions sur lesquelles repose l’existence des peuples :famille, nation, héritage culturel.
Pourtant, l’histoire de l’Europe témoigne d’un tout autre idéal de liberté. Chez les anciens, l’homme libre se distinguait d’abord par son appartenance à une communauté politique capable de se gouverner et de se défendre :Il siégeait à l’Assemblée des hommes en armes ;sa parole comptait au sein de l’Agora. Avec l’événement de la modernité, ce centre de gravité s’est progressivement déplacé du corps civique vers l’individu. Si cette évolution a ouvert des espaces nouveaux, elle a aussi entamé la rupture entre les libertés individuelles et l’ancrage collectif qui les a rendues possibles. Une rupture qui se manifeste aujourd’hui dans la crise de la démocratie libérale. Les citoyens, titulaires de droits, ne trouvent plus leur expression politique en tant que peuple. Quant au politique, Il est réduit à l’administration des intérêts concurrents. Tandis que les revendications particulières prolifèrent, pour autant qu’elles coïncident avec le mythe d’un « progrès » sans définition ni limites, les grandes voies de la liberté souveraine font place à l’emprisonnement dans les rouages d’un dispositif technocratique géré de manière anonyme.
La promesse de bonheur illimité, né des Lumières, est, peu à peu, devenue l’impératif du progressisme. La liberté de consommer est devenue le ressort d’une logique marchande pour laquelle la cohésion collective représente une entrave. Portée par la multiplication des possibilités techniques inédites, l’aspiration à « jouir sans entrave » a propulsé hors des contraintes qu’implique la dépendance aux autres. Affranchi dans la foule solitaire, absorbé tout entier par les exigences de sa liberté, l’individu moderne sent se dérober sous ses pieds, la stabilité des formes de vie éprouvées par le temps. Ce phénomène n’a rien, en réalité, d’une « libération ». Il s’agit bien plutôt de l’effacement de toute liberté authentique.
Mais les peuples d’Europe, confrontés aujourd’hui à des défis existentiels, supportent de plus en plus mal cette situation et ressentent la nécessité d’échapper à ce mouvement mortifère. L’avenir s’annonce incertain. Le chemin vers la reconquête de la liberté ne sera pas confortable. Ce sera le chemin de l’ascèse, de l’acceptation des limites liées aux fondements anthropologiques de la nature humaine, du retour à la conscience historique, collective et à la volonté politique. Il supposera tout le courage et l’enthousiasme que réclame l’ambition de renouer avec un destin voulu et non subi. La liberté n’est pas un mot d’espoir abstrait : C’est le pouvoir du Grand « oui » adressé à notre devenir civilisationnel qui rendra à l’existence libre son souffle historique. Là où la confiance et les traditions vivent, les lois s’allègent et la Communauté respire ».
Jean Yves LE GALLOU
IDEE CLES DE CE TEXTE :
CRITIQUE DE LA « LIBERTE » CONTEMPORAINE
Le discours dominant promet une liberté illimitée de l’individu, mais celle-ci se réduit en réalité au consumérisme et à l’effacement des identités enracinées (famille, nation, culture).
Derrière cette façade s’installe une servitude douce qui devient de plus en plus rigide : censure, surveillance généralisée, formatage idéologique, multiplication des normes et réglementations.
On proclame l’émancipation morale de l’individu […] tout en déployant un contrôle social de plus en plus strict : censure arbitraire, surveillance généralisée, formatage idéologique.
La liberté devient un mot creux, invoqué pour justifier les restrictions imposées à la liberté de pensée et d’expression.
RUPTURE HISTORIQUE AVEC L’IDEAL EUROPEEN DE LIBERTE
Chez les Anciens, l’homme libre est d’abord un membre d’une communauté politique capable de se gouverner et de se défendre (Agora, assemblée des hommes en armes). La liberté est collective et enracinée.
La modernité déplace le centre de gravité vers l’individu isolé. Cette évolution, bien qu’elle ait ouvert certains espaces, a rompu le lien entre libertés individuelles et ancrage collectif qui les rendait possibles.
Résultat : Crise de la démocratie moderne (ou du politique).Le peuple n’est plus sujet politique souverain :le politique se réduit à la gestion technocratique d’intérêts d’ individuels concurrents et à l’administrations des flux (économiques,migratoires et sociétaux)
LE MYTHE PROGRESSISTE ET SES CONSEQUENCES
Les Lumières nous ont légué l’idée puissante que l’homme pouvait améliorer sa condition par la raison. Mais cette confiance légitime s’est transformée, chez leurs héritiers, en un impératif idéologique de progrès illimité et de bonheur sans contraintes.
La liberté de consommer et le « jouir sans entrave » détruisent la cohésion collective et les formes de vie stables transmises par le temps.
L’individu moderne, « affranchi dans la foule solitaire », devient dépendant d’un système anonyme,tehnocratique et instable.
LA RECONQUETE NECESSAIRE
Les peuples d’Europe, face à des défis existentiels, rejettent de plus en plus ce mouvement mortifère.
La vraie liberté exige l’ascèse : acceptation des limites anthropologiques, retour à la conscience historique et collective, volonté politique.
L’avenir s’annonce incertain, le chemin vers la reconquête de la liberté ne sera pas confortable. Il supposera le courage que réclame l’ambition de renouer avec un destin voulu et non subi.
Thèse centrale :La liberté véritable n’est pas l’absence de contraintes ni l’émancipation individuelle radicale. La reconquête passe par un retour aux sources européennes de la liberté : enracinement, souveraineté populaire et courage politique.
