LA REVUE DE PRESSE ET D OPINIONS SUR LE TERRAIN THEATRE DU NORD-OUEST PROPOSE UNE NOUVELLE REPRESENTATION DE L’ÎLE AUX ESCLAVES, LA CELEBRE COMEDIE EN UN ACTE DE PIERRE CARLET DE CHAMBLAIN DE MARIVAUX (1725).

– Ce soir, à 20h30, LE 28 MARS, le Théâtre du Nord-Ouest propose une nouvelle représentation de L’Île aux esclaves, la célèbre comédie en un acte de Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux (1725). Mise en scène par Bernard Lefebvre et Hélène Robin, cette production de la Compagnie de l’Élan reste à l’affiche jusqu’au 30 juin 2026 et séduit un public fidèle au texte et son énergie communicative.

UNE FABLE THEATRALE TOUJOURS D’ACTUALITE

L’histoire est simple et puissante : Iphicrate et Euphrosine, deux maîtres athéniens, font naufrage avec leurs valets Arlequin et Cléanthis sur une île mystérieuse. Sur cette île règne une loi singulière : pendant un temps déterminé, les rôles s’inversent. Les anciens esclaves deviennent maîtres et les anciens maîtres deviennent esclaves.Ce renversement total des rapports de domination donne lieu à une comédie pleine d’humour, de vengeance joyeuse et de leçons d’humilité. Arlequin, truculent et insolent, prend un malin plaisir à faire subir à son ancien maître ce qu’il a lui-même enduré. Cléanthis, plus réfléchie, fait découvrir à sa maîtresse les réalités de la condition servile.Supervisée par Trivelin, le sage gouverneur de l’île, cette expérience forcée interroge avec finesse :

• L’égalité est-elle naturelle ou imposée ?

• Le pouvoir corrompt-il inévitablement ?

• Peut-on vraiment changer sans reproduire les mêmes injustices ?

Marivaux, maître du marivaudage, mêle ici comique de situation, tendresse et profondeur philosophique. La pièce, courte (environ 1 heure), reste étonnamment moderne près de 300 ans après sa création

.CE QUI DIFFERENCIE L’ÎLE AUX ESCLAVES DES AUTRES PIECES DE MARIVAUX

Contrairement à Le Jeu de l’amour et du hasard ou Les Fausses Confidences, où l’intrigue repose avant tout sur les jeux subtils des sentiments, les quiproquos amoureux et le célèbre « marivaudage », L’Île aux esclaves met l’amour au second plan. Le cœur de la pièce est social et philosophique : c’est une satire audacieuse des rapports de domination entre maîtres et valets, inspirée des utopies et de la commedia dell’arte.Ici, l’inversion des rôles n’est pas un jeu volontaire, mais une épreuve forcée et corrective. Les valets humilient pour éduquer et guérissent l’orgueil de leurs anciens maîtres. Cette utopie thérapeutique, humaniste et réconciliatrice, rend l’œuvre plus directe et engagée sur les questions de pouvoir et d’égalité que les autres comédies sentimentales de Marivaux.

QUELQUES REPLIQUES SAVOUREUSES DE LA PIECELA TROUPE LES SERT AVEC VERVE ET JUSTESSE :

• Arlequin (scène 1), ironique après le naufrage :

« Mon cher patron, vos compliments me charment ; vous avez coutume de m’en faire à coups de gourdin qui ne valent pas ceux-là, et le gourdin est dans la chaloupe. »

• Arlequin, expliquant la leçon :

« Quand tu auras souffert, tu seras plus raisonnable ; tu sauras mieux ce qu’il est permis de faire souffrir aux autres. »

• Trivelin (scène 2), avec sagesse :

« Nous ne nous vengeons plus de vous, nous vous corrigeons ; ce n’est plus votre vie que nous poursuivons, c’est la barbarie de vos cœurs que nous voulons détruire. Vous êtes moins nos esclaves que nos malades… »

• Arlequin, moqueur et tendre :

« Parce que je me moque un petit brin de toi, cela empêche-t-il que je t’aime ? Tu disais bien que tu m’aimais, toi, quand tu me faisais battre… »

Ces répliques font rire et réfléchir à chaque fois, grâce à l’énergie physique et à la présence des comédiens (surtout les Arlequin !).

UNE MISE EN SCENE FIDELE ET INCARNEE

Bernard Lefebvre et Hélène Robin signent une mise en scène classique, épurée et au service du texte : espace suggérant l’île, costumes élégants de Frédéric Morel, et un jeu d’acteurs direct et précis. L’équilibre entre burlesque et moments introspectifs est parfait.Le spectacle, familial à partir de 12 ans, séduit autant les connaisseurs que les nouveaux venus.Une troupe engagée et talentueuse

• Alexandre Durand et Yassine Amani (Arlequin) → présence physique, humour et insolence savoureuse.

• Marc Grèzes-Rueff et Philippe Hazza (Iphicrate) → l’orgueil qui s’effrite avec conviction.

• Marion Rif, Béatrice Murtinger et Hélène Robin (Euphrosine et Cléanthis) → excellentes dans l’inversion des rôles.

• Bernard Lefebvre (souvent Trivelin) → rigueur et expérience.

Avec Naïm Hamou, Jean Marzouk, Adrien Lecoin, Marwann Selmi, Clémence Thoison… La troupe joue avec une belle cohésion et une diction claire qui rend la pièce très vivante.Un théâtre indépendant qui défend les classiques

Le Théâtre du Nord-Ouest, dirigé depuis 1997 par Jean-Luc Jeener, reste l’un des derniers bastions parisiens d’un théâtre classique exigeant, sincère et incarné. Un grand merci chaleureux et admiratif à Jean-Luc Jeener pour son engagement passionné, sa fidélité aux grands textes et la générosité avec laquelle il fait vivre ce lieu unique depuis près de trente ans. Son travail est une vraie bénédiction pour tous les amoureux du théâtre !

Nous avons beaucoup aimé cette représentation.

Pour patienter avant le début du spectacle, les acteurs nous ont gentiment lu des poèmes de Nerval et de Baudelaire… un moment magique qui nous a donné encore plus envie d’y retourner très vite !

Si vous cherchez une soirée qui fait rire et réfléchir à la fois, cette version est idéale. Les questions sur le pouvoir et l’égalité n’ont pas pris une ride !

Informations pratiques :Théâtre du Nord-Ouest – 13 rue du Faubourg Montmartre, 75009 Paris

Durée : 1 heure

Prochaines dates : tout au long du printemps et jusqu’au 30 juin 2026 (vérifiez les horaires sur le site du théâtre)

ARTICLE EXCLUSIF DE LA REVUE DE PRESSE ET D OPINIONS EMILIO PAGURA,JOURNALISTE ADMINISTRATEUR ET NICOLE FIORAMONTI

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