MUNISTE, ET INSOUMIS
Saint-Denis, fin mars 2026 – Élu triomphalement dès le premier tour le 15 mars avec 50,77 % des voix, Bally Bagayoko (LFI) a officiellement pris ses fonctions de maire de la nouvelle commune Saint-Denis-Pierrefitte (environ 150 000 habitants) le 21 mars. L’« enfant du Franc-Moisin », ancien cadre RATP et entraîneur de basket, avait promis une ville qui « protège, émancipe et prend soin de chacun ». Pourtant, ses toutes premières déclarations et décisions ont rapidement créé la polémique et révélé des tensions avec une partie de l’administration municipale.
Un programme ambitieux… et des annonces rapides qui divisent
Pendant la campagne, Bally Bagayoko mettait en avant plus de 250 mesures issues de consultations citoyennes : amélioration du pouvoir d’achat, bifurcation écologique et sociale, renforcement des services publics et une police « de proximité » à l’écoute des habitants. Il refusait les « décisions imposées d’en haut » et promettait une mairie ouverte et démocratique.
Dès les premiers jours, deux sujets ont cristallisé les critiques :
1. Le « processus de désarmement » de la police municipale Quelques jours après son élection, le nouveau maire a annoncé sur France 2 et ailleurs l’arrêt immédiat de l’utilisation des lanceurs de balles de défense (LBD) et l’entrée dans un « processus de désarmement » plus large (armes à feu devant faire l’objet d’une « nouvelle doctrine »). Il assure vouloir une police « forte, de proximité » tout en maintenant les effectifs. Résultat : selon plusieurs sources, environ 90 agents (soit près des deux tiers des effectifs de la police municipale) ont demandé leur mutation. Le directeur de la police municipale et plusieurs cadres seraient également sur le départ. Des habitants et des policiers interrogés expriment leur inquiétude : « Ils vont se faire tuer », « Il faut garder les armes ». Bagayoko temporise en disant que ce n’est « pas une invitation à bordéliser la ville », mais l’effet sur le moral des troupes est déjà visible.
2. Les agents municipaux « en phase » ou pas avec le projet politique Devant l’hôtel de ville et sur CNews, le maire a déclaré que les fonctionnaires sont « au service d’une commande politique » et que « celles et ceux qui ne sont pas en phase avec le projet politique, forcément, ils partiront ». Il a précisé qu’il ne s’agissait pas d’une « chasse à l’homme », mais d’une mobilité « naturelle ». Ces propos ont provoqué une vive réaction du gouvernement. Le ministre de l’Action et des Comptes publics, David Amiel, lui a adressé un courrier ferme rappelant que tout écartement d’agents pour des motifs politiques est illégal. Le ministre a souligné que la liberté d’opinion des fonctionnaires territoriaux doit être respectée.
Un premier conseil municipal houleux
Le conseil d’installation du 21 mars a été marqué par des tensions : le maire sortant Mathieu Hanotin (PS) a été hué par une partie de la salle. L’ambiance n’a pas vraiment reflété l’esprit « d’écoute et de rassemblement » promis pendant la campagne.
Un profil qui continue de diviser
Bally Bagayoko reste un personnage ancré localement : né en 1973 à Levallois-Perret de parents maliens, grandi à Saint-Denis, études à Paris 8 (maîtrise « Connaissance des banlieues » + DESS en géopolitique), parcours associatif et sportif solide. Musulman, il défend depuis longtemps les questions d’anti-racisme et de discriminations.
Pour ses soutiens, ces premières annonces montrent une volonté de rupture avec la politique sécuritaire de l’ancienne équipe (qui avait investi lourdement dans la police). Pour ses détracteurs, elles révèlent un début de mandat idéologique, risquant de fragiliser les services publics et la sécurité dans une ville déjà confrontée à des difficultés importantes (délinquance, trafic, tensions sociales).
À peine dix jours après son élection, le nouveau maire de la plus grande ville LFI de France se retrouve déjà dans le collimateur du gouvernement et confronté à des départs massifs potentiels au sein de l’administration. Il devra rapidement démontrer qu’il peut concilier son projet radical avec la réalité de la gestion d’une grande commune, sans créer un climat de défiance interne.
Le symbole est fort, mais la mise en œuvre s’annonce chaotique. Les prochains mois diront si Bally Bagayoko parvient à transformer l’espoir qu’il a suscité en résultats concrets, ou si les contradictions entre discours et premiers actes s’accentuent.
ARTICLE EXCLUSIF DE LA REVUE DE PRESSE ET D OPINIONS EMILIO PAGURA,JOURNALISTE ADMINISTRATEUR ET NICOLE FIORAMONTI
